Prophètes du temps : Une histoire des prédictions météorologiques savantes au siècle des Lumières

Dolet, Simon

Prophets of the weather : A history of learned meteorological predictions in the Age of Enlightenment

Auteur moral
Université Côte d'Azur
Auteur moral
Beaurepaire, Pierre-Yves
Année de publication
2025

Cette thèse se propose de faire l'histoire des prédictions météorologiques élaborées par des savants en Europe, depuis l'émergence du savoir météorologique instrumental au XVIIe siècle jusqu'à la constitution d'une véritable sous-spécialité de recherche dans la communauté des météorologistes entre 1770 et les années 1810.<br />L'hypothèse défendue dans la première partie est que la marginalisation de l'astrologie à la fin du XVIIe siècle n'a pas fait disparaître l'idée d'une « influence des astres » sur l'atmosphère, c'est-à-dire que la Lune et le Soleil rythmeraient les changements de temps, qui deviendraient prédictibles. Ces astres aux mouvements périodiques expliqueraient ainsi un retour cyclique des temps. L'objectif est alors de reconstituer un corpus documentaire portant cette thèse de l'« influence des astres » jusqu'aux années 1770. Beaucoup d'auteurs se limitent à la simple théorie. Prédire reste ainsi un tabou et les quelques savants qui formulent directement des prédictions sont rapidement condamnés par la communauté savante. Pourtant, l'influence des astres continue à porter l'espoir d'un futur prédictible. L'université de Padoue a constitué une institution particulièrement favorable à l'énonciation d'un système prédictif, notamment à travers l'association entre l'astronomie et les météores dans l'enseignement. Ces conditions permettent à Giuseppe Toaldo de proposer le premier système légitime en 1770. Un second pôle, Paris, s'affirme également et deux savants, Louis Cotte et Jérôme Lalande, s'y imposent comme des prédictionnistes reconnus.<br />La seconde partie examine les collaborations entre météorologistes européens à l'origine de la circulation et de la vérification des systèmes prédictifs, conduisant à la production de nouveaux modèles, entre les années 1770 et 1810. Les études sont les plus vigoureuses durant les années 1780, autour des principes de Toaldo et moins de ceux de Cotte, cantonné à la France et aux espaces francophones. La géographie de cette sous-spécialité de recherche est polarisée, en partie selon des dynamiques nationales et la présence d'un prédictionniste. Toaldo en Italie et de Lambert dans le Saint-Empire orientent les travaux, tandis que l'absence de figures de premier plan en Espagne et aux Provinces-Unies privilégie les activités de vérification. À Genève, le manque de soutien empêche sans doute la poursuite durable de ces recherches. Malgré des collaborations intenses, allant jusqu'à un partenariat savant et une écriture collaborative, les prédictions publiées demeurent rares. Même si elles intègrent les programmes institutionnels, ces recherches reposent encore largement sur des initiatives individuelles.<br />La troisième partie propose une histoire sociale de la communauté des météorologistes de la fin du siècle, analysée à travers la théorie du « champ scientifique » de Pierre Bourdieu. Elle vise à reconstituer les conditions de la fabrique des prédictions météorologiques, qui reposent sur la compilation de données instrumentales. Les observateurs et l'institutionnalisation de la pratique au XVIII? siècle, à l'échelle mondiale, en tenant compte du rôle souvent invisible des « petites mains » (amis, étudiants, épouses, enfants, domestiques) et de la qualité des instruments, s'avèrent le fil directeur de cette partie. Enfin, la confrontation entre « dominants » et « challengers » permet d'éclairer à la fois la validation et la diffusion de ces systèmes prédictifs en Europe, ainsi que le rejet de leurs réfutations.</p>

Texte intégral

puce  Accès à la notice sur le site du portail documentaire de Météo-France

  Liste complète des notices publiques